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Paru dans Son & Image, Michel Dupuis Mai/Juin 2008 Volume 9, Numéro 5
Il y a un bout de temps que je veux parler de ce disque sorti en automne, mais les espaces limités nous obligent à le repousser toujours plus loin. Ce disque de Denis Chang est littéralement un événement dans notre petit monde d’ici. J’en profite, à l’occasion de cette trés belle exposition de mon ami Claude Laurin sur le monde des Gitans, qui a su, à l’aide de photos rares, de cartes postales et de pochettes de vinyle, illustrer ce monde évanescent d’une minorité présente mais dérangeante lorsqu’elle est visible. Posons donc la question à savoir ce qui incite à se rapprocher de ce monde de Romanichels à la réputation plutôt louche. Ces fils et filles des Roms, descendants de ces immigrants originaires du Rajasthan en Inde et qui ont traversé toute l’Asie et le nord de l’Afrique pour se retrouver dans les champs de l’Europe et sur toutes les routes avec leurs caravanes, ne renonçant en rien à leur destin de nomade. Et surtout leur musique de guitares et de violons qui évoque la tristesse la plus profonde. Voilà un guitariste de jazz au nom asiatique dont le père taiwanais ne turlutait certes pas Les Yeux Noirs ou quelque thème de Django. Louche n’est-ce pas? On prétextera que la musique traverse les frontières, que la taille des pommettes n’a rien à voir avec le choix musical et que tutti quanti. Denis Chang débute la guitare très jeune à McGill, poursuit en Californie, attrape la mouche manouche et ne la lâche plus depuis qu’il a rencontré des grands noms européens. Il se définit cependant comme plus près des Joe Pass, sans oublier le dieu Django, Flèche d’Or, son groupe dont il a tiré le nom d’une pièce de Django, existe depuis 2005. Avec quelques variables, il s’appuie sur Jean-François Larocque, guitare rythmique, Alex Bellegarde, contrebasse, le roumain Marin Nasturica et sa boîte à frissons, sans oublier Josianne Laberge au violon. Il a aussi gratté en compagnie de Michel Donato et Vanessa Rodriguez. Pour garder la forme et la flamme, il s’envole l’été auprès de se frères de sang en musique dans les grandes rencontres européennes manouches où les guitares enflammées allument les feux de camp. Heureux ceux qui y assistent ! Vous pourriez y croiser Bireli Lagrène, Romane ou Stochelo Rosenberg, toutes lames plus fines les unes que les autres. Une guitare québécoise à l’international Avec l’enregistrement de ce Nature Boy chez Hot Club Records, une étiquette de prestige norvégienne, Denis Chang devient le premier québécois à enregistrer sur une étiquette européenne spécialisée en jazz manouche avec portée et distribution au niveau de la planète. Il n’en est pas peu fier car son implication au niveau de la diffusion de cette culture musicale est profonde, vu qu’en plus de tous ces chapeaux, il coiffe celui de pédagogue de la six cordes. Et les 19 musiciens qui participent à son disque prouvent l’étendue de ses accointances musicales en plus d’un choix très éclectique prouvant l’étendue de son répertoire. Du Django Reinhardt en triplé dont le fameux Minor Swing qu’en 1937 le guitariste manouche immortalisait avec le jeune Stéphane Grappelli. Il y met toute la ferveur de son talent d’impro pour ce qui a été cent fois repris. C’est surtout des classiques Them There Eyes, Donna Lee, Cherokee et une poignante version de Stardust de Hoagy Carmichael que je n’arrive pas à arracher de mon lecteur depuis six mois. De plus, des thèmes chers aux jazz manouche y trouvent leur place tels Oui et Seul ce soir magnifiquement interprétés par Jeanne Rochette. Chang est aussi allé chercher Dawn Tyler Watson et John Labelle pour ses autres choix vocaux. Les guitaristes de haut niveau Ritary Gaguenetti, Frank Gambale, Lou Boustani entre autres émaillent solos et accompagnements rythmiques. Je ne parlerai pas de la qualité irréprochable de l’enregistrement, de la présence et de la complicité des acolytes, du jeu incessamment renouvelé en finesse d’improvisation et d’exécution sans faille. Non, je n’en parlerai pas mais je vous suggèrerai fortement de devenir « addict » de ce garçon grandeur nature qui a su nous subjuguer par cette première mouture. Vous aussi le serez. Latcho Drom, Denis Chang ! Michel Dupuis
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