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Paru dans Le Devoir, Yves Bernard
Mardi 11 Mars, 2008
Concert de Denis Chang et l'exposition L'Univers manouche...
Doublé manouche
Bernard, Yves
Ils sont deux maîtres d'oeuvre et, à eux deux, ils incarnent une bonne partie du regain d'intérêt pour la culture manouche au Québec.
«Le film Latcho Drom et la commémoration du 50e anniversaire de la disparition de Django en 2003 furent de réels déclencheurs. Si bien qu'aujourd'hui, le phénomène prend de l'ampleur. Les musiciens qui viennent d'ailleurs remplissent leurs salles. Le Québec compte une dizaine d'artistes qui se spécialisent dans le genre, et des groupes se forment jusqu'à Hawaï», explique Claude Laurin, le premier, qui a rassemblé photos, pochettes de disques, affiches, livres, cartes postales, photomontages et toutes sortes d'objets rares qu'il présente dans le cadre de l'exposition L'Univers manouche... à la Maison de la culture Frontenac jusqu'au 6 avril prochain.
Curieux, érudit, perfectionniste et ardent passionné de culture manouche, tsigane et gitane depuis plus de 20 ans, Claude est reconnu comme l'un des plus grands spécialistes du genre, même au pays de Minor Swing de l'autre côté de la grande flaque. Homme aux multiples talents, il a précédé la vague, faisant venir des musiciens d'Europe, gérant des carrières d'artistes, prodiguant ses conseils à tout le milieu, réalisant et animant l'émission radiophonique Sur la route des Manouches, des Roms et des Gitans, une véritable référence en la matière, que l'on peut écouter sur Radio Centre-Ville le mercredi à 23h30.
Le deuxième, Denis Chang, excellent guitariste montréalais qui livrera avec son groupe Flèche d'Or, un hommage à Django ce soir, également à la Maison de la culture Frontenac, a fait para&ircirc;tre à la fin de l'été dernier l'étonnant disque Nature Boy, première production québécoise appuyée par Hot Club Records, le plus important label de jazz manouche sur la planète. Et pourquoi le directeur artistique Jon Larsen l'a-t-il accepté facilement? «Il m'a dit que c'était original et que c'était ce qu'il cherchait de la nouvelle génération», répond l'artiste d'ascendance taïwanaise. «En général, le manouche se livre avec guitare et violon, alors que, pour mon album, j'ai fait appel à une vingtaine de musiciens qui jouent contrebasse, batterie, percussions, saxo ténor, trombone et orgue Hammond. Et trois pièces sont chantées.»
En plus de son disque manouche empreint de be-bop, le guitariste montréalais vient de produire celui de Chriss Campion, «la relève de Paris», dit-il. À cela s'ajoute un DVD pédagogique sur la pratique de la guitare manouche. Sans compter quatre autres qui paraîtront bientôt. Mais Denis ne veut s'imposer de pression outre mesure. «Je ne vise rien. Je préfère me laisser emporter par le vent. Je vis ma vie et voilà». Preuve d'une connexion réelle avec... L'Univers manouche.

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